Un peu de Rimbaud...

Aube

J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins. A la cime argentée, je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand' ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassées, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

Arthur Rimbaud, Illuminations
Un peu de Rimbaud...

# Posté le dimanche 09 mars 2008 14:39

mon feu d'artifice


Demain sera un nouveau jour. Une nouvelle éternité qui commence toujours par quelques gouttes de rosée déposées dans le creux d'une main. La mienne.
Demain sera un temps. Une saison. Demain, je goûterai à ce nectar parfumé niché dans les pétales des iris bleutés. Je sentirai sur ma peau nue le souffle brûlant de l'Eté, ou écouterai les derniers morceaux de mon coeur se consumer. Demain sera une joie différente. Une peine. Un défi. Un obstacle. Demain sera une nouvelle lune. Une éclipse. Je la regarderai. Demain, Morphée m'emportera avec lui dans les étoiles, où je pourrai à mon aise rêver.

Demain une éphémère vie verra le jour. A l'aube. Et se brûlera les ailes au crépuscule, pour achever sa course folle contre le temps dans une larme d'eau salée. Ce sera moi. Demain, je partirai. J'abandonnerai tout. Me libèrerai de ces chaînes qui m'oppressent. Demain. Oui, demain. Je ne serai plus là. Je serai ailleurs. Avec les astres. Je verrai le Soleil, conduit par Phaéton, jeune et trop orgueilleux fils, embraser l'Univers tout entier à cause de sa poigne trop fragile. J'admirerai le plus merveilleux des feux d'artifice de tous les temps. Du bleu, du rouge, un soupçon de jaune, de vert, d'orangé, une traînée turquoise. Voilà dans mes songes de quoi mon monde serait fait...



Mais je ne contemplerai
Aucune de ces splendeurs colorées
Car demain, oui, demain
Sur le parvis d'une église
Au pied d'un clocher
On découvrira mon corps raide et glacé.

# Posté le vendredi 06 juin 2008 15:17

Modifié le vendredi 20 février 2009 14:47

La fin...

Juin.
19.
La Fin.
Terminé.
Demain, ce sera la dernière fois que je vous verrai.
Que mes yeux croiseront votre regard.
Que nos rires se mêleront.
La Fin.
Oui, La Fin.
Vous partez.
Chacun de votre côté.
A la recherche du bonheur qui vous correspond.
Vous partez.
Et moi.
Je reste là.
Assise sur cette arcade.
Les yeux dans le vague.
Debout sous cette glycine.
Couchée sur ce banc.
Ecoutant le bruit de la pluie qui tombe.
Ecoutant mon coeur qui hurle.
Mon âme qui se déchire.
Mon coeur qui bat, qui bat, qui bat.
De manière désordonnée.
Mais.
Vous êtes heureux.
Loin.
Mais heureux.


Je souris
A travers
Mes larmes.

# Posté le jeudi 19 juin 2008 07:07

Modifié le vendredi 03 octobre 2008 13:12

Un peu de notre cher William Shakespeare....

And why not death rather than living torment?
To die is to be banish'd from myself;
And Silvia is myself: banish'd from her
Is self from self: a deadly banishment!
What light is light, if Silvia be not seen?
What joy is joy, if Silvia be not by?
Unless it be to think that she is by
And feed upon the shadow of perfection
Except I be by Silvia in the night,
There is no music in the nightingale;
Unless I look on Silvia in the day,
There is no day for me to look upon;
She is my essence, and I leave to be,
If I be not by her fair influence
Foster'd, illumined, cherish'd, kept alive.
I fly not death, to fly his deadly doom:
Tarry I here, I but attend on death:
But, fly I hence, I fly away from life.

This is a speech, given by Valentine, in Shakespeare's "The Two Gentlemen of Verona" (III.i.170-187)

# Posté le lundi 23 juin 2008 07:30

[...]

Grâce Infinie
Liberté Absolue
Saltimbanque
[...]

# Posté le dimanche 02 novembre 2008 09:21

Modifié le dimanche 10 mai 2009 12:55

Les Chasseurs de poèmes

Je manie les vers et toi la prose
Quand l'inspiration vient tu composes
Suis ta plume, toujours elle te guidera
Malgré la corruption du monde d'ici-bas
Entend la sur le parchemin crisser
Colle la à ton oreille, laisse la te chuchoter
Les mots justes que tu devras écrire
Enfin, écoute la doucement rire
De toi, poète amateur de prose
Ou de moi, chasseuse de vers
Car nous ignorons bien une chose :
Jamais la poésie n'aura de frontières.

# Posté le vendredi 30 octobre 2009 13:49

Le Fou

La clarté de la chandelle a fait place au noir
La joue posée contre la feuille de papier
Epuisé le regard vidé de tout espoir
Il s'en est allé rejoindre le grand Morphée

L'encre sombre a coulé sur sa chemise
Et sur sa bouche qui a pris une teinte bleutée
Ses cheveux bruns soulevés par une délicate brise
Son retombés en désordre sur la table colorée

Pauvre de toi poète incompris du monde
Toi qui rêvais de gloire et de succès
Ton atelier te servira de tombe
Car tu t'éteindras seul et méprisé

La plume serrée dans la paume de sa main
Le visage encore humide d'une eau salée
Qui se serait mélangée à la cire et au parchemin
Si la mort ne l'avait pas emporté.

# Posté le vendredi 30 octobre 2009 13:50

Errer

Pieds vagabonds
Qui foulent le gravier.

Allée calme qu'on croit si sombre
Où reposent des âmes en paix.

# Posté le vendredi 30 octobre 2009 13:53